
35 ANS D’EFFONDREMENT DE LA COMPÉTITIVITE DE LA FRANCE
La balance commerciale globale, biens et services, a atteint un maximum historique de 3% du PIB en 1997. Elle a ensuite dégringolé de 4 points en 10 ans (coût 0,4 points de croissance annuelle du PIB), s’est stabilisée autour de – 1% du PIB de 2008 à 2019. La crise sanitaire l’a fait plonger jusqu’à – 2,8% en 2021. Seules la Finlande et l’Italie évitent à la France la honte d’être la lanterne rouge des pays européens en matière de performances commerciales.
Jusqu’en 2009-2010, le facteur dominant expliquant le déclin de la compétitivité internationale française était la surévaluation croissante de l’euro. À partir de 2011-2012, c’est l’insuffisante rentabilité du site manufacturier français qui explique la continuité de son déclin, et sa fragilité face à la crise sanitaire. Pour rejoindre la moyenne des pays développés, le gap à combler est de 5%. Pour rejoindre les États-Unis et l’Allemagne, les seuls pays capables de soutenir l’offensive chinoise, le gap est de 10%.
Le site manufacturier français est condamné, sauf redressement spectaculaire, à la poursuite, et même à l’accélération, de son déclin. Au contraire, à partir de 2005 – effet des lois Hartz – le TRI s’envolait en Allemagne, pour rejoindre en 2018 les États-Unis, champions des pays développés.
Les rémunérations perçues par les personnels travaillant directement et indirectement pour l’industrie manufacturière pèsent en France un peu plus de 44% du chiffre d’affaires, et les cotisations versées aux caisses de retraites privées 12%. Pour l’industrie manufacturière allemande, les chiffres sont respectivement 49% et 9%. Le modèle allemand distribue 5 points de plus en rémunérations et 3 points de moins aux caisses de retraites.
L’OBÉSITÉ DES DÉPENSES PUBLIQUES FRANÇAISES
Les modèles sociaux français et suédois sont champions du monde des “Consommations Publiques Individualisables” – CPI – dont les dépenses publiques d’éducation et de santé sont les composantes principales. Hors CPI, la France reste championne du monde des dépenses publiques (38,5% du PIB, contre 34% en Allemagne, 29,6% seulement en Suède). Hors CPI, les recettes publiques absorbent 36,3% du PIB en France, contre 34,5% en Allemagne et 30,1% seulement en Suède.
En 2018, la France consacrait à ses retraités 2,7% du PIB de plus que les quatre États “frugaux” de notre panel (Pays-Bas, Finlande, Danemark et Suède). Mais les quatre États du sud membres de la zone euro (Italie, Espagne, Portugal et Grèce) étaient encore plus généreux pour leurs retraités, leur attribuant encore 0,9% de plus que la France.
Contrairement à l’image péjorative qu’agitent les partisans du statu quo, ou les rêveurs d’une percée historique, il est possible, par des mesures paramétriques bien calibrées, d’atteindre un objectif 2030 doublement ambitieux :
- Rejoindre le Club des pays vertueux, pour améliorer la compétitivité internationale, et la crédibilité européenne de la France
- Réduire les inégalités Public-Privé et Hommes-Femmes, sans oublier d’adopter des mesures natalistes pour freiner l’effondrement de la natalité
- Et surtout ramener les cotisations retraites du secteur privé au niveau des pays vertueux, soit – 8 points de PIB. En prouvant la réalité du retournement des priorités en faveur de la compétitivité de l’économie marchande, par une réduction immédiate de 4 points des cotisations retraite de la seule CNAV, pour doper à la fois pouvoir d’achat et compétitivité.
L’INDISPENSABLE RÉORGANISATION DES SERVICES PUBLICS
Hors retraites, les services publics stricto sensu ont créé, sous les mandatures de Mitterrand puis Chirac, 1.733 milliers d’emplois publics, alors que, de l’autre côté du Rhin, ils maigrissaient de 528 milliers. Ce n’est donc pas un, mais plusieurs “mammouths“ qu’il faut dégraisser (Éducation Nationale, Santé, mille-feuilles bloquant un fonctionnement efficace des territoires).
Nous avons constaté que la priorité à l’économie marchande du modèle allemand se traduisait, au contraire de la France, par un sous-investissement structurel dans les services publics et les dépenses militaires. Une approche coordonnée des problèmes européens pourrait suggérer aux deux pays de se partager la tache du rééquilibrage, pour supprimer l’écart de 4,5 points qui s’est créé en 22 ans entre les dépenses publiques hors CPI des deux pays. Une répartition 2/3 pour la France, 1/3 pour l’Allemagne conduirait à accroître de 1,5 points les dépenses publiques en Allemagne. Nous avons vu que c’était nécessaire, mais tout à fait possible, à condition d’avoir le courage… de reconnaître que “le frein à la dette” était une grosse bêtise.
Pour réduire les coûts de 3%, il faut donc probablement réduire les effectifs de 4,5%. En combien de temps ? À la suédoise (– 0, 5% par an), cela prendrait 9,9 ans. À la danoise (– 0,23% par an), cela prendrait 19 ans. La gravité du problème français impose donc au minimum la solution suédoise. En retenant la date magique de 2030, je suggère une réduction de 270.000 postes en neuf ans dans les services publics. Cela permettrait tout de même de remplacer 8 départs sur 10.